CLAIRE HARPET
HOMME CULTURES

Océan Indien

L'océan indien en images


Richard

1995 - Madagascar : au cours d’un premier terrain d’investigation dans le cadre de ma 5ème année d’étude en anthropologie sociale, j’avais profité d’un passage à Tananarive pour arpenter les allées des bibliothèques de la capitale. Intéressée par les mythes et les contes malgaches portant sur quelques animaux endémiques de l’île et plus particulièrement sur les lémuriens, j’avais alors « déniché » un article daté de 1974, portant sur la région nord-ouest de Madagascar en pays sakalava, région que j’avais précisément choisie d’investir pour un premier contact avec la Grande Ile. Ce texte, au demeurant très intriguant, allait constituer le premier maillon de ma recherche. L’article, écrit par Guy Ramanantsoa, s’intitulait « les lémuriens sacrés de Madagascar» et mentionnait l’existence de prosimiens au statut spécifique dans deux villages de la côte occidentale de la Grande Ile en pays Boina (Région nord sakalava). Le statut si particulier de ces animaux considérés « masina » (sacré) par les populations villageoises me conforta dans l’idée que les lémuriens occupaient au sein de la culture malgache une place hors du commun. Aucun travail n’avait encore été mené sur les représentations et les relations des hommes et des lémuriens à Madagascar. A cette époque, je n’avais pas pu me rendre sur les lieux indiqués par Guy Ramanantsoa, mais j’avais, en revanche, observé un village dans cette même région du Boina qui semblait posséder des caractéristiques similaires, à savoir une représentation sacrée des lémuriens au proche abord et au cœur des habitations.

Mayotte

1999 - Quatre ans plus tard, un nouveau terrain en pays sakalava vint confirmer et affiner les données de 1995. Il posa les jalons de mon sujet de thèse. Je fus, à la suite de ce terrain, rattachée à un programme sur les écosystèmes tropicaux qui couvrait le territoire de Mayotte et de La Réunion. Mon travail consistait à recueillir des informations auprès des populations locales afin de dégager les représentations et les relations, passées et présentes, que les Mahorais entretenaient avec le lémurien autochtone. Mon enquête se concentra sur la partie sud de Mayotte, dans deux villages bushi (d’origine malgache). (photo) Au cours de ce terrain sur l’île de Mayotte, de nouvelles perspectives ont vu le jour et d’un sujet aux contours territoriaux limités à la côte nord-ouest de l’île de Madagascar, je suis passée à l’étude d’une aire géographique beaucoup plus vaste, intégrant une des quatre îles des Comores, la seule rattachée encore aujourd’hui à la France et surtout la plus proche par voie maritime de la Grande Ile. Le choix de mon sujet de recherche qui plaçait l’animal au cœur de ma problématique n’était pas le fruit du hasard. Il découlait, d’une part, d’une curiosité constante accordée au comportement animal et à la relation de ce dernier avec l’homme et, d’autre part, d’une pudeur peut-être excessive à l’égard de la population d’accueil, pudeur que l’œil inquisiteur de l’ethnologue préserve grâce à l’intérêt porté à l’animal, premier objet d’approche, formidable objet de contact, qui suscite tout autant l’intérêt du chercheur que de l’informateur. L'histoire, écrite ou orale, les contes et les mythes répandus d'un village à l'autre , puis d'une île à l'autre, leur langue, héritage d'un passé sinon commun, du moins croisé : tous ces facteurs ont contribué à déterminer les bases et la cohérence du bien fondé de mon objet de recherche.

Katsepy

Ma thèse soutenue en 2005 a été l'aboutissement d'un long travail de recherche mené par intermittence entre la France, Mayotte et Madagascar. Ce travail reste sommaire au regard du territoire et des populations qui l'habitent. Il se poursuit sur des micro-territoires, à Mayotte et Madagascar. La diversité des liens observés entre les Malgaches et les Prosimiens est à l'image de la variété des espèces de lémuriens (101 espèces actuelles recensées) et des multiples brassages et influences culturelles que connut la Grand Ile au cours de son histoire. Les représentations à l'égard des lémuriens diffèrent en tout point : Ancêtres fondateurs, bienfaiteurs, interdits (à la chasse, à la consommation, au toucher), sacrés, apprivoisés, redoutés ou portes-malheur, les lémuriens occupent de nombreux statuts au coeur du bestiaire malgache. Certaines traditions fragilisent leur existence, d'autres au contraire participent à leur préservation. La problématique du lien entre savoirs locaux et conservation de la nature ouvre de nouveaux champs de recherche à l'interface des sciences sociales et des sciences de la nature (Roué, 2006). La question de la place du toursime dans les espaces protégés reste ouverte et très controversée : est-il source de financement pour la conservation et la recherche scientifique dans le but de renforcer une sensibilité écologique et culturelle ( Honey, 1999), ou bien tout au contraire constitue-t-il une menace pour des écosystèmes fragiles jusque-là peu transformés et fréquentés, et qui s'accompagnent d'une disparition progressive de la culture locale au profit d'une "folklorisation" à but lucratif (Robinson et Picard, 2006) ? (voir pour une approche synthétique, l'article en ligne "Des lémuriens et des hommes : mythes, représentations et pratiques à Madagascar."

Les relations des hommes avec les lémuriens changent rapidement dans un monde où la conservation de la nature est devenue une source économique. Madagascar compte aujourd'hui une cinquantaine d'aires protégées. Ce que j'ai pu observer il y a 20 ans sur des territoires encore à l'écart du toursime international, a déjà changé. Les zones encore difficiles d'accès à la fin du siècle dernier ont depuis connu une forte anthropisation. Le développement accéléré des télécommunications a fini de transformer des espaces "intimistes" en périmètres de haute fréquentation. Tout est accessible à l'oeil sur la planète google !


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