CLAIRE HARPET
HOMME CULTURES

Terrain de Saône

La saone en images

La Saône

Nous savons peu de choses aujourd'hui sur ce qui se dit de la rivière Saône et sur ce qui se vit sur son cours. Comme tous les cours d'eau des pays industrialisés, la Saône a connu un abandon assez brutal au siècle dernier de la part des villes. Nos prédécesseurs, guidés par une frénésie minérale et hygiéniste ont rompu le lien originel, jamais jusque là altéré, entre les sociétés urbaines et leurs cours d'eau. De l'Antiquité jusqu'à l'époque préindustrielle, un dynamisme fluvial égaya les berges de nos fleuves et de nos rivières au gré des aménagements de la cité. La ville était alors tournée vers ses cours d'eau. Espace de vie sociale, culturelle et économique incontournable, le cours d'eau faisait territoire. Le Moyen-Âge connut le développement de l'énergie hydraulique au profit des activités artisanales (tanneries, mégisseries, filatures, fabriques de colle, teintureries, lavoirs) ; les XVIIIème et XIXème siècles vécurent un essor fulgurant des activités portuaires industrielles propices au développement économique.

Puis vint le temps de l'oubli... celui qui marqua au XXème siècle, dans un mouvement généralisé, le "découplage" des villes industrialisées et de leurs cours d'eau. A la main divine qu'inspiraient autrefois les crues meurtrières des fleuves, fit place un contrôle exacerbé de leur débordement. Une chasse incessante fut menée contre les eaux usées et souillées responsables des pires épidémies. Mouvement amorcé à la fin du XIXème siècle, les villes du XXème siècle se "déshydratèrent" peu à peu, couvrant là un ru, élevant ici des digues pour contenir les caprices des eaux, asséchant lacs et marais pour assainir les territoires. Les fleuves, les rivières et jusqu'aux ruisseaux perdirent ainsi peu à peu les fonctions qu'ils occupaient depuis plus de deux millénaires.

Les scènes de la vie quotidienne au bord de l'eau si remarquablement représentées aux siècles passés à travers la peinture et la littérature font cruellement défaut au cours de la deuxième moitié du XXème siècle. Si l'archéologie a mis en lumière une activité fluviale protohistorique et historique abondante en Saône, les quelques décennies qui nous séparent de nos contemporains sont dramatiquement pauvres en matériaux iconographiques et en témoignages, signe évident du faible intérêt porté à l'égard de nos cours d'eau depuis plus d'un demi-siècle. Il est clair que ce rapide changement de disposition à l'égard de nos fleuves et de nos rivières est lié aux aménagements urbains du siècle passé qui, avec les infrastructures ferroviaires puis routières, mirent un terme au commerce fluvial et aux multiples activités riveraines. La Saône ne fit pas exception à cette révolution paysagère. Bien qu'affluent du Rhône, elle fut marquée plus profondément que ce dernier par les transformations urbaines successives que connut la ville de Lyon et sa périphérie. Véritable axe de civilisation et voie de circulation, la Saône, sur les bords de laquelle la ville de Lyon s'était enorgueillie, fut brutalement privée de ses activités fluviales portuaires et artisanales.

Le temps est à présent, en ce début du XXIème siècle, à la "reconquête" des fleuves, terme qui témoigne encore d'une posture de maîtrise, mais qui n'en demeure pas moins une volonté de renouer avec les cours d'eau qui firent notre urbanité. Dans ce contexte social et politique, notre recherche a pour objectif principal d'identifier la trace du cours d'eau, de rendre "visible" au delà des époques et des transformations spatiales, le territoire de Saône du Lyonnais, son étendue culturelle et émotionnelle.

L'analyse des paroles et des pratiques des "gens de Saône" nous a progressivement permis d'identifier la thématique centrale de notre étude, celle des rythmes de Saône, produits tout à la fois par la spécificité hydro-morphologique de la rivière, et par les hommes qui au fil des époques s'adaptèrent aux conditions paysagères et podologiques du lieu, cherchant constamment à le façonner pour leurs usages et selon les exigences des évolutions urbaines.

Le territoire d’étude à couvrir était ambitieux : du quartier Confluence à la pointe sud de la presqu'île de Lyon) jusqu’à la commune de Neuville sur Saône (au nord de l'agglomération), soit 50 km de rive (25 km de rive de part et d’autre de la Saône). Remontant ou descendant le cours du fleuve à pied depuis les berges ou en bateau, dérivant de bâbord à tribord par les ponts et les passerelles, marquant des haltes régulières, notre parcours ethnographique nous a mené du pont de Neuville jusqu’à la Confluence en passant par les guinguettes de Rochetaillée, l’Île Barbe, la passerelle Masaryk et l’ancien Pont Mouton, l’homme de la Roche, le vieux Lyon, les quais Saint Antoine et Saint Jean et le bas port Rambaud.

Pont sur l'île Barbe

* Sauconnien : qui est propre à la rivière Saône. Terme tiré de l'article de Jean Untermaier « La Saône et le droit. Eléments de réflexion sur l’éco-espace sauconnien », in "La Saône, axe de civilisation,", 2002.


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